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Édition numéro 37 - 31 octobre 2011
L'ANNÉE INTERNATIONALE DE LA CHIMIE 2011
À l’initiative de l’Éthiopie, les Nations Unies ont déclaré 2011 Année internationale de la chimie (AIC). Coordonnée et dirigée conjointement par l’UNESCO et l’Union internationale de chimie pure et appliquée (IUCPA) qui fête cette année son centenaire, l’Année de l’AIC marque aussi le centenaire de l’attribution du prix Nobel à Marie Curie. Sous le thème La chimie : notre vie, notre avenir, cette année constitue donc un moment privilégié pour mettre en évidence la contribution de la chimie dans tous les processus vivants et dans notre vie quotidienne, avec en toile de fond cette tendance vers la chimie verte, vers la chimie durable. Le Québec est d’ailleurs un chef de file en matière de chimie verte au Canada.
On peut se demander où nous en serions aujourd’hui sans l'apport de la chimie tellement cette science est omniprésente dans la plupart des avancées thérapeutiques, des progrès alimentaires et technologiques réalisés au XXe siècle. Non seulement la chimie joue-t-elle un rôle dans des domaines aussi variés que l’alimentation, la santé, l’environnement, l’énergie ou les transports, mais elle est aussi étroitement associée au développement de différents secteurs de la recherche comme les nanosciences, les matériaux de pointe ou les biotechnologies.
La chimie étant incontournable dans plusieurs domaines, force est de constater que les chercheurs du réseau du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies sont aussi nombreux à apporter une contribution remarquable à la vitalité et à l’avancement de cette discipline. Nos chercheurs sont en effet engagés dans plusieurs projets d’envergure visant à relever les défis de demain en faisant de la chimie une science responsable, plus verte et écologique.
Bonne lecture !
INSTITUT DES NUTRACEUTIQUES ET DES ALIMENTS FONCTIONNELS (INAF)
LES RÉSIDUS DE CRABE DES NEIGES, UN FORT POTENTIEL DE BIOPRODUITS À VALEUR AJOUTÉE
L’industrie québécoise de la pêche représente annuellement une récolte de plusieurs milliers de tonnes de poissons et de mollusques. Il en résulte une quantité considérable de résidus de transformation considérés comme des déchets. Une équipe de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) a entrepris depuis quelques années de valoriser cette biomasse marine qui s’avère être une source précieuse de matière première pour la chimie de pointe (principes actifs, ingrédients fonctionnels, polymères, etc.). Sous la direction de Lucie Beaulieu, professeure-chercheure à l’UQAR et membre de l’INAF, l’équipe de l’UQAR s’intéresse notamment aux biomolécules actives et, en particulier, à des peptides qui présentent des activités antimicrobiennes prometteuses avec des applications potentielles dans plusieurs domaines, agricole/horticole, alimentaire, nutraceutique, cosméceutique et pharmaceutique. Les chercheurs travaillent actuellement à caractériser ces nouveaux peptides antimicrobiens d’origine marine et à étudier leurs modes d’action.

Crabes des neiges
Le crabe des neiges compte parmi les espèces de crustacés les plus pêchées au Québec. Cependant, 30 % de ce crustacé (corps, viscères, carapace) est considéré comme des résidus de transformation et actuellement enfouis. Appelés de plus en plus coproduits à cause de leurs propriétés remarquables, ces résidus peuvent être utilisés dans plusieurs domaines comme l’agroalimentaire, la santé ou l’environnement. « En récupérant ce qui est encore considéré comme des déchets, on pourrait tirer une foule de produits à valeur ajoutée, dont des acides aminés, des protéines et des peptides bioactifs. Ceux-ci ont tout particulièrement retenu notre attention à cause de leur activité biologique et de leur énorme potentiel en termes d’applications », soutient Lucie Beaulieu.
Les peptides antimicrobiens marins (AMPs) ont l’énorme avantage de présenter un large spectre d’activités à la fois antibactérienne, antifongique et même antivirale. « Il est donc important de scruter la structure tridimensionnelle de ces peptides afin de bien comprendre les mécanismes moléculaires qui sous-tendent leur activité biologique, explique la chercheure de l’UQAR. L’analyse par spectrométrie de masse de la fraction peptidique purifiée du crabe des neiges nous a permis de mieux en connaître la chimie et par la suite de déterminer que cette fraction active était constituée de fragments issus de l’hémocyanine, une protéine que l’on retrouve principalement dans le liquide physiologique. Nous avons donc mis en place une approche intégrée de recherche pour caractériser ces peptides bioactifs et confirmer l’intérêt de l’hémocyanine comme source nouvelle de bio-ingrédients et de nutraceutiques. Nous utilisons généralement la technologie de l’hydrolyse enzymatique pour extraire les composés et les fractionner ensuite en différentes molécules. »
Les recherches sur les peptides antimicrobiens marins (AMPs) sont encore peu développées. L’équipe de l’UQAR est la première à avoir démontré la présence de ces peptides dans des hydrolysats protéiques obtenus à partir de coproduits (hémolymphe, hépatopancréas, carapace) du crabe des neiges provenant de la côte est du Canada. « Nous sommes à peu près les seuls au monde à mener des travaux sur la valorisation des biomolécules issues du crabe des neiges », note la chercheure.
« La toxicité sélective de ces peptides contre les agents microbiens constitue un avantage considérable pour le développement de nouvelles molécules thérapeutiques ou agents de conservation alimentaire, précise Lucie Beaulieu. On peut même penser que ces peptides pourraient éventuellement se substituer aux antibiotiques conventionnels pour contrer les cas de résistances bactériennes qui constituent une problématique en santé publique à l’échelle mondiale. » La chercheure s’intéresse aussi à d’autres protéines d’origine marine dont certaines peuvent, par exemple, contrer le diabète ou encore aider à prévenir le cancer à cause de leurs propriétés antioxydantes.
Dans un contexte de surexploitation des ressources marines, la valorisation des biomasses de poissons, mollusques et crustacés représente un enjeu de taille pour le XXIe siècle. « Nos travaux sur les biomolécules actives constituent une réponse non seulement aux enjeux économiques et sectoriels des régions maritimes du Canada, mais sont aussi en lien direct avec le contexte mondial de gestion durable des bioressources marines. La valorisation des coproduits marins a de l’avenir. Il reste cependant beaucoup de bioprospection à faire puisque la Terre est recouverte à 70 % d’eau », fait valoir Lucie Beaulieu.
Pour information
Madame Lucie Beaulieu
Professeure-chercheure
Département de biologie, chimie et géographie
Université du Québec à Rimouski
Membre de l’INAF
Téléphone : 418-723-1986, poste 1807
Courriel : lucie_beaulieu@uqar.ca
Site Web : www.inaf.ulaval.ca
PROJET DE RECHERCHE EN ÉQUIPE
CENTRE EN CHIMIE VERTE ET CATALYSE (CCVC)
UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE CATALYSEURS, PLUS ÉCOLOGIQUE, OUVRE LA VOIE À UNE RÉVOLUTION VERTE EN CHIMIE
La chimie a souvent eu mauvaise presse auprès du grand public, étant considérée comme polluante ou nocive. Les procédés conventionnels de synthèse chimique nécessitent en effet beaucoup d’énergie, utilisent des solvants toxiques et génèrent une grande quantité de déchets industriels. Mais les choses commencent à changer. Plusieurs chercheurs en chimie, comme c’est le cas, entre autres, d’une équipe de l’Université McGill, travaillent à repenser et à réinventer de nombreux processus chimiques afin de développer des approches plus respectueuses de l’environnement. Le professeur Chao-Jun Li, considéré comme un pionnier de la chimie verte à l’échelle mondiale, a d’ailleurs mis au point, en collaboration avec la chercheure Audrey Moores, un nouveau catalyseur à base de nanoparticules d’oxyde de fer. Celui-ci permettra à l’industrie de réduire l’utilisation de métaux lourds, coûteux et toxiques, et des solvants organiques. Mme Moores, qui est aussi membre du CCVC, dirige actuellement un projet de recherche en équipe qui vise à en apprendre davantage sur les mécanismes d’action des nanoparticules à base de fer dans les solutions aqueuses en catalyse.

Dans le premier récipient, on peut voir les nanoparticules
d'oxyde de fer en solution et, dans le second,
l'agglomération des particules effectuée sous l'action
d'un aimant. Il ne reste alors qu'à recueillir le produit.
Les catalyseurs sont des substances qui activent ou permettent les réactions chimiques. Bon nombre des catalyseurs utilisés actuellement sont des métaux lourds, par exemple le palladium ou le rhodium. Ils sont aussi très chers, toxiques pour l’homme et nocifs pour l’environnement. De plus, les méthodes d’extraction des catalyseurs métalliques du produit fini nécessitent beaucoup d’énergie et de solvants. Or, la découverte en 2010 d’un catalyseur constitué de nanoparticules d’oxyde de fer laisse entrevoir une véritable révolution verte en chimie.
« La technologie associée à cette découverte met en jeu des nanoparticules d’oxyde de fer, communément appelée rouille. Ces particules sont à la fois de tous petits aimants dispersés dans la solution et des catalyseurs, explique Audrey Moores. Même si elles sont infiniment petites, les nanoparticules offrent une grande surface de contact et permettent à plus de molécules de s’assembler et de réagir. La réactivité est donc très forte. De plus, comme ces nanoparticules sont magnétiques, il est très facile de les séparer du mélange simplement en plaçant un aimant près du récipient. Les particules s’agglomèrent, le produit pur peut être extrait et les particules réutilisées à nouveau. Chimiquement inoffensif, simple et bon marché, ce catalyseur possède de surcroît l’énorme avantage d’être récupérable. »
La beauté de la chose, c’est que le fer est un des éléments les plus abondants sur terre et parmi les moins coûteux. « Très peu utilisé en chimie organique, le fer est pourtant beaucoup moins cher que les autres métaux utilisés en catalyse et donne un excellent rendement. Nos recherches avec les nanoparticules à base de fer ouvrent des perspectives inédites », précise Mme Moores, qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en chimie verte. L’équipe de l’Université McGill travaille en fait à mettre au point rien de moins qu’une nouvelle génération de catalyseurs. « Nous disposons actuellement de trois ou quatre catalyseurs magnétiques différents qui s’avèrent très intéressants pour fabriquer des matériaux complexes et nettement moins toxiques, note la chercheure. Plus performants, ces catalyseurs nous permettent de faire des choses qu’on ne peut faire autrement comme provoquer plusieurs réactions en même temps dans le même récipient et ainsi éliminer certaines étapes coûteuses. Cette approche innovante peut trouver des applications, par exemple, dans l’industrie pharmaceutique en permettant de court-circuiter une longue chaîne de réactions pour obtenir des produits sur mesure. »
Très préoccupée par la toxicité des procédés chimiques conventionnels, Audrey Moores s’ingénie à améliorer ou à développer ces procédés afin que les molécules mises au point soient plus sûres et moins toxiques pour l’environnement. « Des procédés chimiques plus verts peuvent être fort utiles, par exemple dans un contexte de dépollution. En collaboration avec une équipe de chercheurs en génie civil, nous nous intéressons, par exemple, à la possibilité de dépolluer les sols avec des nanoparticules de fer réduit », souligne la chercheure de McGill.
Bien que la chimie verte ait beaucoup progressé au cours des dernières années, ses applications se heurtent souvent à certains impératifs économiques de l’industrie qui hésite à modifier des procédés bien établis même s’ils sont polluants. « Il y a encore des efforts à faire pour que l’ensemble de l’industrie emboîte le pas aux pratiques de chimie verte, constate Mme Moores. Il y a bien quelques « success stories », mais le milieu industriel craint souvent d’investir dans un procédé totalement vert qu’il pense plus coûteux. Pourtant, il arrive que les procédés verts coûtent moins cher que les anciennes façons de faire. Il est donc important pour des laboratoires comme le nôtre de travailler plus étroitement avec les représentants du milieu industriel afin de les aider à intégrer les nouvelles approches de la chimie durable et peut-être à réduire ainsi certains irritants. Il est également essentiel de sensibiliser le grand public aux enjeux de la chimie verte pour éventuellement soutenir la mise en place d’une réglementation plus exigeante. »
Pour information
Madame Audrey Moores
Chercheure-professeure de chimie
Département de chimie
Université McGill
Membre du CCVC
Téléphone : 514 398-4654
Courriel : audrey.moores@mcgill.ca
Site Web : www.ccvc.umontreal.ca
CENTRE QUÉBÉCOIS SUR LES MATÉRIAUX FONCTIONNELS (CQMF)
UNE PILE SOLAIRE RÉVOLUTIONNAIRE, PROPRE, PAS CHÈRE ET EN GRANDE PARTIE QUÉBÉCOISE
Capter et utiliser l’énergie solaire, un rêve vieux comme le monde, mais maintenant tout près de devenir réalité. Imaginez qu’il suffise d’installer des piles aux fenêtres de votre maison pour la rendre autonome en électricité, ou encore d’équiper votre voiture électrique d’une pile flexible et transparente, presque invisible, pour la recharger. On y est presque avec la récente mise au point, par une équipe de chercheurs québécois, d’une pile électrochimique flexible, transparente et moins chère que les piles solaires conventionnelles. Sous l’impulsion de résultats obtenus par un chercheur suisse pour un nouveau type de piles, une équipe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) dirigée par le professeur Benoît Marsan, chercheur au département de chimie et membre du CQMF, a réalisé des innovations majeures qui offrent à cette pile un avenir plus prometteur. Il y a tout lieu de croire que ces avancées contribueront à résoudre les problèmes qui freinent depuis longtemps le développement des piles solaires. Les travaux de Benoît Marsan ont d’ailleurs fait l’objet de publications dans les prestigieuses revues Journal of the American Chemical Society (JACS) et Nature Chemistry, respectivement en 2009 et 2010.

Cellule photovoltaïque flexible non optimisée
avec un film de CoS
quasi transparent comme
catalyseur et contenant un médiateur redox à
base d’iode, très coloré. Source: Journal of the
American Chemical Society, 131, 15976 (2009).
« En une heure d’ensoleillement, la Terre reçoit plus d’énergie que toute la planète n’en consomme en une année. En trouvant le moyen de capter cette énergie et de la récupérer facilement et à faible coût, on vient de régler beaucoup de nos problèmes d’approvisionnement énergétique. Et on est en bonne voie d’y parvenir, d’ici deux à trois ans peut-être », constate Benoît Marsan. En fait, cette pile est l’œuvre d’une vie… Depuis 25 ans, Benoît Marsan et son équipe s’intéressent aux piles solaires afin de trouver un matériau moins cher que le silicium et qui en rende la production plus facile.
L’annonce d’un chercheur suisse, Michael Grätzel, faisant état de la mise au point d’un nouveau type de piles, a marqué un tournant dans le monde des piles solaires, au début des années 90. « Sur papier, la pile Grätzel était une vraie merveille, mais dans les faits, il restait quelques problèmes à régler. La cathode était recouverte de platine, un métal rare, pas totalement transparent et très cher. Quant à l’électrolyte, qui permet de faire circuler le courant entre l’anode et la cathode, il était à base d’iode, une substance très colorée qui absorbe une grande partie de la lumière. L’iode est aussi très corrosif, ce qui détruit rapidement les contacts en argent utilisés pour les connexions électroniques lorsque les cellules sont montées en modules. Le rendement de la pile s’en trouvait limitée », explique M. Marsan.
Partant du concept de la pile Grätzel et s’inspirant du développement d’une tout autre pile solaire dans son laboratoire, Benoît Marsan l’a en quelque sorte réinventée en réalisant deux avancées remarquables. Avec son équipe, il a d’abord mis au point un matériau très efficace pour remplacer le platine de la cathode, soit le sulfure de cobalt (CoS). Beaucoup plus abordable, il accélère la réaction électrochimique. « Selon une approche inédite, une nouvelle méthode de synthèse menant à des particules cristallines et de taille nanométrique, nous avons préparé le CoS sous la forme d’un film quasi transparent sur un substrat de plastique conducteur, un matériau permettant de fabriquer des piles flexibles peu coûteuses. Il augmente également la stabilité à long terme des piles solaires, ce qui ouvre la porte à des applications à grande échelle pour des dispositifs légers et flexibles », soutient le chercheur de l’UQAM.
Une seconde percée a ensuite été effectuée pour remplacer l’électrolyte à base d’iode. « Nous avons eu l’idée d’un médiateur organique de type disulfure/thiolate pour remplacer l’iode et régler du même coup les problèmes qui y étaient associés (forte absorption de lumière et corrosion). Ce nouvel électrolyte permet d’atteindre une performance remarquable, du jamais vu pour un dispositif sans iode. De plus, cette performance se révèle supérieure sans lumière directe du soleil, ce qui ouvre la voie à des applications inédites pour l’intérieur des maisons », précise Benoît Marsan.

À gauche: médiateur redox à l’iode (I3-/I-)
À droite: médiateur redox de type disulfure/thiolate
« La combinaison de la cathode et de l’électrolyte à l’intérieur d’une même pile a donné de très bons résultats, note le chercheur. Mais nous travaillons actuellement à obtenir une pile encore plus performante et à optimiser sa mise à l’échelle en vue d’applications sur de grandes surfaces, par exemple des toits, des murs de maisons ou des carrosseries de voitures. Nous pourrons ainsi en maximiser les utilisations. » Les possibilités de ces piles ultraminces semblent sans limites. Comme elles sont si flexibles qu’elles peuvent être enroulées ou pliées sans se casser, ces piles pourraient être portées à même les vêtements. Quoi de mieux pour quelqu’un qui part en expédition dans l’Arctique… Fort intéressantes aussi pour alimenter un ordinateur portable.
Les technologies les plus récentes reliées à cette pile d’avant-garde ont valu à Benoît Marsan l’obtention de deux brevets, valables pour différentes régions dans le monde. On peut comprendre qu’il y ait actuellement beaucoup d’effervescence autour de cette petite merveille… « Nous avons effectivement été approchés par plusieurs partenaires potentiels et nous avons amorcé des pourparlers avec certains d’entre eux pour d’éventuelles ententes de commercialisation, suivant les nécessaires étapes d’optimisation et de mise à l’échelle. Le fait qu’il y ait de nombreuses applications possibles pour cette pile multiplie les opportunités d’affaires. Cette technologie est tout à fait exportable, notamment dans les pays en développement où l’ensoleillement est très important. De plus, quelques plans d’affaires ont démontré le très grand potentiel économique de cette pile », conclut Benoît Marsan.
Pour information
Monsieur Benoît Marsan
Professeur-chercheur en chimie
Département de chimie
Université du Québec à Montréal
Membre du CQMF
Tééphone : 514 987-3000, poste 7980
Courriel : benoit.marsan@uqam.ca
Site Web : www.cqmfscience.com
PROTEO, LE REGROUPEMENT QUÉBÉCOIS DE RECHERCHE SUR LA FONCTION, LA STRUCTURE ET L'INGÉNIERIE DES PROTÉINES
CENTRE EN CHIMIE VERTE ET CATALYSE (CCVC)
LA BIOCATALYSE OU L’ART DE MISER SUR LES ENZYMES POUR METTRE AU POINT DES APPROCHES TOUT À FAIT NOVATRICES
De la thérapie génique à la transformation agroalimentaire en passant par la pharmacologie, les enzymes sont mises à contribution partout… ou à peu près. Présentes en grand nombre dans le métabolisme de tous les organismes vivants, les enzymes jouent un rôle essentiel. Ce sont des protéines actives qui accélèrent les réactions chimiques (catalyseurs) avec une grande spécificité et des taux de rendement élevés. La biocatalyse, créneau de pointe de la chimie verte, utilise ces catalyseurs naturels que sont les enzymes (biocatalyseurs) dans des réactions de synthèse organique visant à fabriquer des produits nouveaux ou améliorés, ou à développer de nouvelles approches thérapeutiques. Une équipe de l’Université de Montréal, dirigée par Joelle Pelletier, codirectrice de PROTEO et membre du CCVC, travaille activement à améliorer la compréhension des mécanismes enzymatiques afin de modifier les propriétés des enzymes pour qu’elles répondent à différents besoins.
« Le travail avec les enzymes constitue un véritable défi. C’est complexe, car on travaille avec le vivant, explique Joelle Pelletier. Pour obtenir des enzymes améliorées, il faut modifier leur code génétique. Ce n’est pas simple d’identifier la perle rare pour un besoin donné. Il faut jouer avec des millions de possibilités. C’est pourquoi on crée des librairies d’enzymes modifiées. On fait d’ailleurs appel à la robotique pour effectuer plus rapidement le criblage et sélectionner l’enzyme qui répond le mieux aux propriétés qu’on recherche. »

Une gamme de modifications (en rose)
est portée à l’enzyme hDHFR. L’activité
des enzymes modifiées est testée à
l’aide d’une plateforme de criblage
robotisée à haut débit.
Dans plusieurs cas, on cherche à modifier la sélectivité d’une enzyme afin qu’elle puisse effectuer la transformation chimique d’un nouveau composé d’intérêt. « Les enzymes ont évolué pour accomplir une tâche bien spécifique et il n’est pas simple de les transformer pour les amener à faire autre chose, souligne Mme Pelletier. L’enzyme, c’est un peu comme un gant de baseball : il enveloppe toute la balle ou, par analogie, la molécule d'un réactif qui sera transformée. Nous voulons changer la taille, ou les propriétés, de la cavité du gant afin qu’il s’adapte à un réactif de structure différente, mais sans en réduire les fonctions catalytiques. Il faut donc énormément d’analyses pour identifier les modifications gagnantes. Un exemple frappant d’ingénierie est celui des enzymes que l’on retrouve dans les détergents à lessive. Elles ont été grandement modifiées pour leur permettre d’être efficaces à des températures extrêmes, chaudes ou froides, où elles ne sont pas actives naturellement. »
Les travaux de l’équipe de l’Université de Montréal portent notamment sur les transglutaminases, une famille d’enzymes aux propriétés très intéressantes qui est impliquée dans la coagulation du sang, mais aussi dans différentes pathologies telles que les maladies neurodégénératives ou le cancer. « La transglutaminase est utilisée dans l’industrie alimentaire depuis plusieurs années, notamment dans la transformation des viandes ou des poissons, comme la fabrication de saucisses, de croquettes ou du simili-crabe. Elle permet en fait de « coller » les protéines alimentaires, souligne Mme Pelletier. Le défi auquel nous nous sommes attaqués consiste à modifier la spécificité de la transglutaminase et de la « programmer » pour utiliser ses propriétés à d’autres fins. Nous avons constaté que cette enzyme pouvait accepter une nouvelle gamme de réactifs permettant d’en faire un outil pour la synthèse organique. Elle pourra donc être utile dans la synthèse de nombreux composés pharmaceutiques. Comme ce biocatalyseur est non-toxique et biodégradable, son utilisation s’avère particulièrement avantageuse par rapport à d’autres catalyseurs plus toxiques. »
L’équipe de Joelle Pelletier a plusieurs bons coups à son actif en matière de biocatalyse. Le travail avec une autre enzyme, la dihydrofolate réductase de l’humain (hDHFR), a en effet conduit, en 2007, à l’obtention d’un brevet pour la mise au point d’une nouvelle technologie. « Essentielle à la division des cellules, la hDHFR modifiée s’est révélée particulièrement efficace en tant que marqueur cellulaire sélectif. Elle permet la sélection rapide de cellules dans lesquelles on aura introduit un gène d’intérêt, soutient Joelle Pelletier. C’est un outil puissant pour les travaux de recherche portant sur le fonctionnement des cellules et sur l’étude des maladies. »
Mais la portée de la découverte de Joelle Pelletier ne s’arrête pas là ! Elle trouve une application importante en thérapie génique, car cette enzyme pourrait accroître le succès du transfert d’un gène chez un patient. « En thérapie génique, on veut introduire chez le patient un gène qui corrigera une fonction manquante ou défectueuse pour corriger des maladies congénitales, ou même aider à combattre le cancer, précise la chercheure en biocatalyse. Les méthodes conventionnelles d’intégration du gène correctif chez un patient n’ont un taux de succès que de 10 à 20 % alors que nos résultats préliminaires chez les souris montrent un taux de succès de 40 %. »
Faisant partie d’un réseau canadien de chimie et d’ingénierie vertes, Joelle Pelletier est très active dans ce domaine. Elle croit d’ailleurs que c’est la voie d’avenir en chimie. « Au cours des dix dernières années, un nombre croissant de chimistes se sont tournés vers la biocatalyse, et ce, tant dans le milieu universitaire que dans l’industrie. Le procédé de biocatalyse est d’ailleurs moins polluant, plus performant et, ce qui ne gâte rien, plus économique, fait valoir Mme Pelletier. Au Canada, le défi reste la réglementation qui encourage encore trop peu l’adoption de pratiques vertes. La biocatalyse est beaucoup plus intégrée au Japon et dans différents pays d’Europe qu’elle ne l’est au Canada. »
Pour information
Madame Joelle Pelletier, Ph. D
Professeure-chercheure
Département de chimie
Université de Montréal
Co-directrice de PROTEO
Membre de CCVC
Téléphone : 514 343-2124
Courriel : joellle.pelletier@umontreal.ca
Sites Web : www.proteo.ca et www.ccvc.umontreal.ca
FÉLICITATIONS À TOUS!
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